La voix de la mer

La Voix de la mer/publie.net
Le point de vue de l'éditeur
par François Bon
Au tout début de publie.net, le projet était plus simple : proposer aux écrivains, amis ou pas, une plate-forme où pourraient être mis à disposition, de façon numérique, leurs textes parus en revue, les conférences, des matériaux de work in progress, des études sur leur travail ou eux-même parlant d’auteurs...
C’est dans cet esprit que je m’étais adressé au cercle de ceux qui comptent, et donc Jacques Ancet.
L’ensemble que m’a confié Jacques a donc été mis en ligne dès les premiers jours du site, quasiment sous la forme dans laquelle il me l’avait communiquée, avec même je crois, au début, le fichier Word.
Puis l’expérience a évolué : expérience d’édition numérique. Puis l’exigence de lire confortablement, et sur écran, et sur les nouveaux supports, comme les tablettes numériques. Et cela continue : nous travaillons, pour les bibliothèques (où, quand on appelle un texte depuis l’ordinateur de consultation, on n’a souvent pour interface qu’Acrobat Reader) à une visionneuse (flip book, liseuse ?) qui pourrait même permettre de reconnaître qui consulte, et archiver ses annotations, bookmarks... On n’est qu’à l’aube de tout cela.
Si certaines tablettes de lecture semblent déjà périmées, les matériels s’orientent cependant vers un standard commun (epub), et la taille de leurs écrans grandit, arrivée probable l’an prochain d’une tablette Mac, et de tablettes "e-ink" à écran tactile.
Notre expérience a donc pris un autre sens : constituer des oeuvres numériques fiables, relues et corrigées, avec des "fichiers-source" qui permettent, quasi instantanément, la mise à disposition dans différents formats d’écran, selon les spécificités des différentes machines.
Je n’imagine pas, pour l’instant, qu’il y ait quelque intérêt à lire sur iPhone les 225 pages de ces magnifiques incursions de Jacques Ancet dans l’histoire de la littérature (Jean de la Croix, Don Quichotte, Mandelstam, une critique d’Éluard, omniprésence de Mallarmé, des questions touchant à la voix, au corps, au sens même de l’écriture...), mais pourquoi pas proposer pour téléphone portable l’étude qu’il y inclut sur l’avenir de la poésie ?
Ainsi avançons-nous. Merci donc au lecteur ou à la lectrice qui nous a un peu secoués : le texte de Jacques Ancet, présent sur ce site depuis décembre 2007, avant même le lancement public, n’avait pas suivi le mouvement. Il n’a rien perdu à passer aux normes éditoriales, bien au contraire...
Depuis L’Incessant (1979) nous sommes bien nombreux à suivre la voix lyrique et obstinée de Jacques Ancet. Par lui aussi, en tant que traducteur, que nous avons suivi en poésie José Angel Valente, ou son magnifique Jean de la Croix.
Pour inaugurer cette rubrique voix critiques, voici ce qui pourrait en être la plus parfaite définition : comme un autoportrait, par ces interventions, accumulées au long des années, et qui concernent le plus central de l’atelier personnel.
On vous parlera ici de Virginia Woolf, de Gherasim Luca, de Don Quichotte, de Marina Tsetaïeva, Gombrovicz et bien d’autres. De philosophie, aussi, mais toujours pour revenir, sensuellement, par la voix, par le silence de l’écriture devant le monde, à la poésie
L'amitié des voix
VIENT DE PARAÎTRE
Jacques Ancet
L’amitié des voix, 1 : les voix du temps
L’amitié des voix, 2 : le temps des voix
Publie.net, 2009
L’amitié des voix, 1,
les voix du temps, Jacques Ancet. PDF 306 pages, ISBN
978-2-8145-0242-0. Les 74 premières pages à feuilleter librement sur
publie.net. Téléchargement texte intégral 5,50 euros.
L’amitié des voix, 2 : le temps des voix,
Jacques Ancet. PDF écran et eBook (Sony/iPhone) 354 pages, ISBN
978-2-8145-0243-7. Les 67 premières pages à feuilleter librement sur
publie.net. Téléchargement texte intégral 5,50 euros.
L'avis de l'éditeur
par François Bon
La présence de Jacques Ancet dans publie.net va bien au-delà de la simple mise à disposition de textes importants.
Auteur décisif, nous sommes quelques-uns à le savoir. Le non
renoncement dans la part lyrique de la langue, l’implication poétique
de la prose, ou, symétriquement, que la poésie ait encore à faire avec
nos temps mornes, pourvu – se rapprochant de la dureté et de la
violence du réel – qu’elle continue à s’en remettre au récit et aux
voix... On le sait en littérature depuis L’Incessant, et c’est avec fierté qu’on accueille, de Jacques Ancet, Le Silence des chiens .
Mais Jacques Ancet c’est aussi une voix ouverte, sans jeu de mots. Qui
s’offre aux grandes et extrêmes explorations de Jean de la Croix, de
Jose Angel Valente, ou en ce moment de Borges, et que le traducteur
doit s’y faire écrivain ou poète comme celui dont il reçoit les pages.
Alors dialogue ouvert, toute une vie, avec ceux qui portent la langue
dans cet extrême : Bonnefoy, Jaccottet, Bernard Noël...
Avec
le numérique, une nouvelle possibilité de permettre la circulation de
cette réflexion, ouvrant vers ceux qu’elle commente, nous guidant vers
des lectures neuves.
L’autre cohérence de ce très vaste
ensemble, deux fois 300 pages, c’est que le premier s’enracine plus
dans les voix du passé, depuis la figure immense et emblématique de Don
Quichotte, puis, via Quevedo ou Saint-Jean de la Croix, jusqu’à
Cortazar, Maria Zambrano ou Claude Simon, tandis que le second suit
cette même exigence découvreuse de l’écriture dans les chemins escarpés
du contemporain, de Valente ou Castaneda vers Jacques Roubaud, Henri
Meschonnic ou Claude Louis-Combet.
Très fier donc, avec une
matière aussi lourdement belle, de contribuer à la présence et la
visibilité sur Internet de ceux qui ont porté la littérature dans ces chemins d’exigence. Et Jacques Ancet nous y appelle, nous aide à franchir le rebord...
Avant-lire
par
Jacques ANCET
Les
textes ici réunis sont de plusieurs ordres : des essais, des préfaces à
des traductions, et de simples notes de lecture. Ces notes, j’ai
beaucoup hésité à les faire figurer dans cet ensemble. Si je me suis
décidé c’est que, malgré leurs limitations évidentes (elles ne portent
souvent que sur un livre et parfois sur des écrivains ou des poètes un
peu oubliés), et à côté d’études plus générales et d’une plus grande
extension, elles témoignent d’un itinéraire de lecteur guidé surtout
par les circonstances et un plaisir ou une émotion que j’espère pouvoir
encore faire partager. Qu’on ne voie donc là aucun panorama ou palmarès
mais, plutôt, une géographie de préférences personnelles qui s’étend
sur près de quarante ans. Les voix dont il est question dans le titre
viennent d’époques et d’horizons différents avec, bien sûr, une
dominante franco-hispanique où se confond ma double activité d’écrivain
et de traducteur.
Mais pourquoi avoir entrepris ce travail ?
Peut-être, d’abord, afin de mettre de l’ordre là où il n’existe que le
désordre du devenir qui emporte, qui efface tout. Autrement dit, pour
garder une trace. Avec cet étonnement de voir, au fil du temps, se
dessiner un chemin qui n’existait pas au moment où je le parcourais. Un
chemin ou une cohérence qui tient à un questionnement insistant déjà au
centre d’un précédent recueil d’essais : qu’en est-il des rapports de
l’écriture et du réel — de la littérature et de la vie ? C’est pourquoi
ce livre ne pouvait s’ouvrir que par une réflexion sur Don Quichotte
qui est, sans doute, la tentative la plus profonde jamais menée pour
répondre à cette question. Et c’est, peut-être ce qui réunit les
auteurs ici présents. Avec aussi le cours d’une existence habitée par
l’amitié de ces voix qui, toutes, ponctuellement ou plus durablement,
m’ont accompagné au long des années. C’est ainsi que, tout autant que
réflexion au sens spéculatif, ces textes le sont au sens spéculaire du
terme : ils réfléchissent une clarté — une échappée — qui a souvent
éclairé ma lecture et ma vie et dont, depuis longtemps, je voulais
témoigner.
L’ordre choisi n’est, tout simplement, que l’ordre
chronologique, mais l’abondance de la matière m’a conduit à le scinder
en deux grands ensembles qui peuvent être lus séparément ou dans leur
continuité : le premier, Les voix du temps, consacré à des écrivains et
poètes dont l’uvre est demeurée vivante et active pour moi, malgré la
distance, et qui donc me restent contemporains : cinq auteurs du xvie,
du xviie et du xixe (Miguel de Cervantès, Jean de la Croix, Francisco
de Quevedo, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud) ; cinq auteurs nés à la
fin du xixe siècle et dont la vie et l’uvre se sont déroulées pour une
bonne part dans la première moitié du xxe (Miguel de Unamuno, Juan
Ramón Jiménez, Ramón Gómez de la Serna, Pierre Reverdy, Vicente
Huidobro) ; dix auteurs, enfin, nés dans les deux premières décennies
de ce même siècle (Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, María Zambrano,
Eugène Guillevic, Yannis Ritsos, Claude Simon, Julio Cortázar, Jean
Malrieu, André Henry, Octavio Paz).
À ces voix venues du temps
et de sa profondeur, répond ce temps où ne cessent de se faire les voix
du présent, ce Temps des voix, deuxième partie où figurent un certain
nombre d’auteurs vivants, dont la naissance s’échelonne, en gros, dans
la décennie des années 20 et 30 (d’Yves Bonnefoy à Henri Meschonnic) et
30 et 40 (de Bernard Vargaftig à Christian Hubin). D’autres auraient pu
figurer ici, notamment de plus jeunes, mais il fallait se donner des
limites et c’est bien arbitrairement que ce parcours s’achève
finalement avec deux auteurs nés au seuil des années 40.
sept 2009.


